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7 juillet 2026

Démence ou delirium ? – Pourquoi distinguer les deux est essentiel à l’hôpital

Article publié dans FHL Info, numéro 68, juillet 2026

par Maiti Lommel, PhD − coordinatrice du Info-Zenter Demenz

Le delirium et les maladies démentielles présentent souvent des symptômes qui se ressemblent : confusion, troubles de la mémoire, désorientation ou changements de comportement. Pourtant, ces deux situations sont très différentes et ne nécessitent pas la même prise en charge. Chez les personnes hospitalisées, distinguer un delirium d’une démence est essentiel, car le delirium apparaît de façon aiguë, est souvent réversible et peut révéler une urgence médicale. Une reconnaissance rapide permet d’améliorer le traitement, de limiter les complications et de préserver au mieux l’autonomie et la qualité de vie des patients. La prévention joue également un rôle central comme une part importante des épisodes de delirium peut être évitée grâce à des mesures adaptées.

Définition

Le delirium est un syndrome neuropsychiatrique aigu dont les causes sont d’origine somatique. Outre le trouble de la conscience, qui se manifeste au quotidien par une baisse de l’attention, une diminution de la vigilance, une distraction accrue et une désorganisation, le delirium se caractérise par les éléments clés suivants :

une altération subaiguë à aiguë des capacités cognitives (p. ex. orientation, raisonnement logique, troubles de la mémoire), une altération de la psychomotricité (allant de l’apathie à une agitation sévère), des troubles de l’humeur (notamment euphorie, anxiété pouvant aller jusqu’à des tendances suicidaires) ainsi que des anomalies circadiennes telles qu’une perturbation du rythme jour-nuit et des fluctuations des symptômes. La physiopathologie sous-jacente est une encéphalopathie aiguë qui résulte d’un trouble global du réseau cérébral, de facteurs neuro-inflammatoires et neuro-humoraux, ainsi que de la vulnérabilité générale du cerveau vieillissant due à des modifications gliales et vasculaires1.

Définition traduite de S3 Leitlinie Delir im höheren Lebensalter2

Dans cet article, nous nous référons au delirium non induit par une substance, classé dans la CIM-10 sous le code F05.

Incidence du delirium augmentée chez les personnes âgées et chez les personnes vivant avec une maladie démentielle

En raison de la diminution des capacités de réserve des organes et des fonctions cognitives liée à l’âge3, l’incidence du delirium augmente avec l’âge, en particulier à partir de 70 ans2. Lors d’une hospitalisation, environ une personne sur cinq âgée de plus de 70 ans souffre d’un delirium1,4. L’incidence du delirium augmente considérablement en soins intensifs, dans les unités de soins palliatifs et surtout après une intervention chirurgicale2. Selon la durée et la gravité de l’opération, des incidences postopératoires pouvant atteindre 60 % sont rapportées5,6. En soins intensifs avec ventilation assistée ou en phase terminale, le taux de delirium peut même atteindre 80 %7,8,9. Les delirium sont également fréquents en ambulatoire, notamment dans le cadre des soins à domicile, et leur incidence atteint même environ 20 % dans les maisons de retraite médicalisées10,11.

Les personnes atteintes de démence présentent un risque plus élevé de développer un delirium que la population générale, et le delirium peut accélérer la progression du déclin cognitif sous-jacent12.

Le pronostic du delirium est défavorable

Bien qu’un rétablissement complet soit possible, on observe une augmentation de la mortalité (Hazard Ratio [HR] 1,95), du taux de placement en institution (Odds Ratio [OR] 2,41) et, surtout, du risque de développer une démence (OR 12,5)13.

En outre, le delirium engendre des coûts considérables14,15 et la charge psychologique qui pèse sur les proches aidants ainsi que l’augmentation des soins nécessaires en cas de déclin cognitif lié au delirium16,17 contribuent à une hausse supplémentaire des coûts pouvant atteindre 52 %15.

Les stratégies de prévention du delirium peuvent réduire l’incidence de ce trouble et les conséquences néfastes qui y sont associées12. Par conséquent, le delirium pourrait constituer un facteur de risque modifiable de la démence, et les interventions visant à prévenir ou à minimiser le delirium pourraient également réduire ou prévenir les troubles cognitifs à long terme12.

Prévention et gestion du delirium

La gestion du delirium inclut toutes les interventions mises en œuvre afin d’améliorer la prise en charge tout au long du parcours de soins du patient et elle inclut l’évaluation du risque de delirium, sa prévention, sa détection, le traitement des causes et des symptômes ainsi que la prise en charge des séquelles2.

Alors que les traitements pharmacologiques du delirium (tels que les antipsychotiques) ne sont pas ou peu efficaces, les meilleures stratégies de prise en charge à l’heure actuelle consistent en des interventions multidimensionnelles axées sur le traitement des facteurs déclenchants, la réévaluation des traitements médicamenteux, la gestion de la détresse, l’atténuation des complications et le maintien de l’implication dans l’environnement1.

La mise en œuvre efficace de stratégies de prévention, de détection et de traitement du delirium demeure un défi majeur pour les organisations de santé à travers le monde. Au Luxembourg, l’évaluation du Plan d’action national « maladies démentielles » publiée fin 2024 a remarqué qu’aucun parcours clinique spécifique a été établi pour gérer le delirium18.

Aussi la recommandation S3 sur le delirium chez les personnes âgées publiée récemment en Allemagne2, constate un manque de mise en œuvre de programmes structurés, fondés sur des données probantes et soutenus par une approche interdisciplinaire et interprofessionnelle, visant à réduire la fréquence du delirium en milieu hospitalier ou dans les établissements pour personnes âgées, programmes qui permettraient d’éviter au moins 30 % des cas de delirium2.

Recommandation S3 sur le delirium chez les personnes âgées

En 2025, la S3 Leitlinie Delir im höheren Lebensalter a été publiée par la Deutsche Gesellschaft für Geriatrie (DGG) et la Deutsche Gesellschaft für Gerontopsychiatrie und -psychotherapie (DGGPP).2

Elle inclut des recommandations concernant :

  • les facteurs de risque du delirium et le dépistage du risque de delirium ;
  • le dépistage du delirium ;
  • le diagnostic ;
  • la prévention ;
  • le traitement du delirium ;
  • le suivi post-thérapeutique et la prévention tertiaire.

Disponible sous trois formats :

  • Résumé destiné à la pratique clinique
  • Version longue avec informations contextuelles
  • Guide destiné aux patients

https://register.awmf.org/de/leitlinien/detail/109-001

AKTIVER exemple d’un programme multicomposants de prévention du delirium

AKTIVER (Alltags- und KognitionsTraining – Interdisziplinarität Verbessert das Ergebnis und mindert das Risiko − Entraînement des activités quotidiennes et des fonctions cognitives – l’interdisciplinarité améliore les résultats et réduit le risque) est un programme de prise en charge du delirium mis en place au Klinikum Stuttgart, visant à réduire le risque de delirium, à le détecter précocement et à initier les mesures thérapeutiques appropriées.

Une équipe spécialisée évalue quotidiennement les patients afin d’identifier les facteurs de risque et les symptômes de délirium, en particulier chez les personnes âgées de 70 ans et plus. La prise en charge est personnalisée et peut mobiliser des infirmiers spécialisés, avec recours à un médecin si nécessaire, ainsi que des bénévoles. Les interventions incluent la stimulation cognitive, motrice et sensorielle (activités, échanges, jeux, lecture), l’accompagnement pendant les repas et les examens, la mobilisation physique (exercices, promenades), ainsi que des mesures de relaxation et de promotion du sommeil.

Une réduction significative du risque relatif de delirium de 33,2 % et de sa durée de 139 jours au total chez les patients subissant divers types d’interventions chirurgicales a pu être observée dans l’étude multicentrique PAWEL grâce à ce programme19.

https://www.klinikum-stuttgart.de/medizin-pflege/psychiatrie-psychotherapie-fuer-aeltere/aktiver

 

Sources

  1. Wilson, J. E., Mart, M. F., Cunningham, C., Shehabi, Y., Girard, T. D., MacLullich, A. M. J., … Ely, E. W. (2020). Delirium. Nature Reviews Disease Primers, 6(1), 90. https://doi.org/10.1038/s41572-020-00223-4
  2. Deutsche Gesellschaft für Gerontopsychiatrie und -psychotherapie (DGGPP) und Deutsche Gesellschaft für Geriatrie (DGG), S3-Leitlinie „Delir im höheren Lebensalter“, Langversion 1.1, 30.04.2025, https://register.awmf.org/de/leitlinien/detail/109-001 (Zugriff im Mai 2026).
  3. Cizginer, S., Marcantonio, E., Vasunilashorn, S., Pascual-Leone, A., Shafi, M., Schmitt, E. M., … Jones, R. N. (2017). The Cognitive Reserve Model in the Development of Delirium: The Successful Aging After Elective Surgery Study. Journal of Geriatric Psychiatry and Neurology, 30(6), 337–345. https://doi.org/10.1177/0891988717732152
  4. Gibb, K., Seeley, A., Quinn, T., Siddiqi, N., Shenkin, S., Rockwood, K., & Davis, D. (2020). The consistent burden in published estimates of delirium occurrence in medical inpatients over four decades: a systematic review and meta-analysis study. Age and Ageing, 49(3), 352–360. https://doi.org/10.1093/ageing/afaa040
  5. Inouye, S. K., Westendorp, R. G. J., & Saczynski, J. S. (2014). Delirium in elderly people. Lancet (London, England), 383(9920), 911–922. https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(13)60688-1
  6. Inouye, S. K., Robinson, T., Blaum, C., Busby-Whitehead, J., Boustani, M., Chalian, A., … Richter, H. (2015). Postoperative Delirium in Older Adults: Best Practice Statement from the American Geriatrics Society. Journal of the American College of Surgeons, 220(2), 136-148e1. https://doi.org/10.1016/j.jamcollsurg.2014.10.019
  7. Ely, E. W. (2004). Delirium as a Predictor of Mortality in Mechanically Ventilated Patients in the Intensive Care Unit. JAMA, 291(14), 1753. https://doi.org/10.1001/jama.291.14.1753
  8. Girard, T. D., Kress, J. P., Fuchs, B. D., Thomason, J. W., Schweickert, W. D., Pun, B. T., … Ely, E. W. (2008). Efficacy and safety of a paired sedation and ventilator weaning 141 protocol for mechanically ventilated patients in intensive care (Awakening and Breathing Controlled trial): a randomised controlled trial. The Lancet, 371(9607), 126–134. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(08)60105-1
  9. Ely, E. W., Inouye, S. K., Bernard, G. R., Gordon, S., Francis, J., May, L., … Dittus, R. (2001). Delirium in Mechanically Ventilated Patients: Validity and Reliability of the Confusion Assessment Method for the Intensive Care Unit (CAM-ICU). JAMA, 286(21), 2703. https://doi.org/10.1001/jama.286.21.2703
  10. Perez-Ros, P., Martinez-Arnau, F. M., Baixauli-Alacreu, S., Garcia-Gollarte, J. F., & Tarazona-Santabalbina, F. (2018). A Predictive Model of the Prevalence of Delirium in Elderly Subjects Admitted to Nursing Homes. Endocrine, Metabolic & Immune Disorders Drug Targets, 18(4), 355–361. https://doi.org/10.2174/1871530317666171120152048
  11. Flaherty, J. H., & Morley, J. E. (2013). Delirium in the nursing home. Journal of the American Medical Directors Association, 14(9), 632–634. https://doi.org/10.1016/j.jamda.2013.06.009
  12. Fong TG, Inouye SK. (2022). The inter-relationship between delirium and dementia: the importance of delirium prevention. Nature Reviews Neurology. 18:579–596. https://www.nature.com/articles/s41582-022-00698-7
  13. Witlox, J., Eurelings, L. S. M., De Jonghe, J. F. M., Kalisvaart, K. J., Eikelenboom, P., & Van Gool, W. A. (2010). Delirium in Elderly Patients and the Risk of Postdischarge Mortality, Institutionalization, and Dementia: A Meta-analysis. JAMA, 304(4), 443. https://doi.org/10.1001/jama.2010.1013
  14. Van Lieshout, C., Schuit, E., Hermes, C., Kerrigan, M., & Frederix, G. W. J. (2022). Hospitalisation costs and health related quality of life in delirious patients: a scoping review. Zeitschrift für Evidenz, Fortbildung und Qualität im Gesundheitswesen, 169, 28 38. https://doi.org/10.1016/j.zefq.2022.02.001
  15. Kinchin, I., Mitchell, E., Agar, M., & Trépel, D. (2021). The economic cost of delirium: A systematic review and quality assessment. Alzheimer’s & Dementia, 17(6), 1026–1041. https://doi.org/10.1002/alz.12262
  16. Hshieh, T. T., Gou, R. Y., Jones, R. N., Leslie, D. L., Marcantonio, E. R., Xu, G., … for the BASIL I Study Group. (2023). One‐year Medicare costs associated with delirium in older hospitalized patients with and without Alzheimer’s disease dementia and related disorders. Alzheimer’s & Dementia, 19(5), 1901–1912. https://doi.org/10.1002/alz.12826
  17. Fong, T. G., Jones, R. N., Marcantonio, E. R., Tommet, D., Gross, A. L., Habtemariam, D., … Inouye, S. K. (2012). Adverse Outcomes After Hospitalization and Delirium in Persons With Alzheimer Disease. Annals of Internal Medicine, 156(12), 848–856. https://doi.org/10.7326/0003-4819-156-12-201206190-00005
  18. Évaluation du plan d’action national « maladies démentielles » au Grand-Duché de Luxembourg, 2024, Jan Steyaert & Inge Vanfraechem, Expertisecentrum Dementie Vlaanderen. https://mfsva.gouvernement.lu/fr/le-ministere/attributions/personnes-agees/filtre-senior-telechargements1/pan-maladies-dementielles0.html
  19. Deeken F, Sánchez A, Rapp MA, et al. (2022). Outcomes of a Delirium Prevention Program in Older Persons After Elective Surgery: A Stepped-Wedge Cluster Randomized Clinical Trial. JAMA Surg.;157(2):e216370. doi:10.1001/jamasurg.2021.6370

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